Hashi : Les 10 règles d’or pour bien utiliser ses baguettes japonaises
Vous avez lu notre guide pour apprendre à tenir vos baguettes ? Bravo. Vous maîtrisez la technique. Mais au Japon, la technique ne suffit pas. Il faut aussi maîtriser l’étiquette. À la boutique, beaucoup s’émerveillent devant la finesse de nos baguettes japonaises laquées ou nos modèles en bois naturel. Mais peu savent qu’une fois à table, ces objets sacrés obéissent à des règles strictes.
Utiliser des Hashi (箸), les fameuses baguettes, c’est entrer dans un rituel. Il existe ce qu’on appelle les Kiraibashi (嫌い箸) : ce sont des gestes qui, au mieux, vous feront passer pour un touriste malpoli, et au pire, évoqueront la mort et les funérailles à vos hôtes. Pour que votre prochain ramen ou votre dîner sushi soit un sans-faute, voici les 10 commandements de l’étiquette à table décryptés.
Pourquoi tant de règles pour deux morceaux de bois ?
Avant de vous donner la liste des interdits, comprenons pourquoi ils existent. Contrairement aux baguettes chinoises, souvent plus longues et à bout rond, la baguette japonaise est pointue et personnelle.
Historiquement, les baguettes étaient des objets sacrés utilisés pour partager la nourriture avec les dieux (les Kami). Vous pensez bien qu’on ne joue pas avec un instrument qui relie l’humain au divin.
De plus, la culture japonaise valorise l’harmonie (Wa) et la propreté (Sei). Tout geste qui souille la baguette ou brise l’harmonie du repas est proscrit.
Le saviez-vous ? La fabrication d’une paire de baguettes traditionnelle demande un savoir-faire d’exception. Découvrez les coulisses de cet artisanat dans notre article et notre vidéo tournée au Japon.
Les « tabous de la Mort » à éviter absolument !
On commence ici par les fautes les plus graves. Elles ne sont pas juste impolies, elles portent malheur, car elles imitent les rites funéraires bouddhistes.
Tate-bashi (立て箸) : les baguettes plantées dans son bol
Il s’agit de planter ses baguettes verticalement dans son bol de riz. C’est interdit, car c’est le geste réservé exclusivement à l’autel des morts.
Lors des funérailles, on offre un bol de riz au défunt avec les baguettes plantées ainsi. On appelle ça le Makura-meshi. Le faire à table revient à annoncer la mort de quelqu’un. Glauque, non ?
Hiroi-bashi (拾い箸) : le transfert d’aliment avec les baguettes
Le hiro-bashi consiste à passer un aliment de vos baguettes aux baguettes de quelqu’un d’autre.
Là encore, cette pratique est interdite, car elle se réfère à un autre rite funéraire, le kotsuage (骨揚げ) ou Shūkotu (収骨) : lors de la crémation, les proches se passent les os du défunt de baguettes à baguettes pour les placer dans l’urne.
Si vous voulez donner un morceau à quelqu’un, déposez-le plutôt dans sa petite assiette et ne faites jamais de « bouche-à-bouche » avec les baguettes.
Les règles de politesse à table quand on mange avec des baguettes
Ici, on ne parle plus de mort, mais de savoir-vivre. Évitez ces gestes pour ne pas passer pour un Baka-gaijin (un étranger idiot).
Sashi-bashi (刺し箸) : utiliser ses baguettes pour piquer la nourriture
Cela consiste à piquer un aliment, comme une boulette, un sushi ou un karaage, avec la pointe de la baguette pour le saisir plus facilement.
Pourquoi est-ce mal vu ? Parce que c’est un aveu d’échec. Cela montre que vous ne maîtrisez pas la tenue de vos baguettes. C’est le geste que font les bébés avant d’apprendre à manger avec des baguettes.
En plus, c’est considéré comme violent envers la nourriture préparée par le chef. En effet, c’était de cette façon que la cuisson des aliments était vérifiée. Cela pourrait suggérer que vous avez un doute sur la cuisson et donc que vous doutez de la compétence du chef.
Mayoi-bashi (迷い箸) : l’hésitation avant de prendre
On parle ici du fait de faire survoler ses baguettes au-dessus des plats en hésitant « Mmmh, je prends quoi ? ».
On décide avec les yeux d’abord, on agit avec la main ensuite. Mayoi signifie « perdu » ou « égaré ». Ne soyez pas égaré à table. En plus d’être irrespectueux, c’est particulièrement pénible.
Pensez aux fois où vous avez attendu que votre voisin de table récupère son bout de pain dans la fondue. C’est rigolo la première fois, mais cela peut très vite devenir frustrant d’attendre systématiquement.
Neburi-bashi (ねぶり箸) : lécher ses baguettes
Lécher la pointe de ses baguettes, même si le reste de sauce à l’air excellent, ou les garder en bouche pour les nettoyer est strictement interdit.
Cette fois, pas d’interdiction liée aux rites funéraires. Ici c’est une question d’hygiène, mais aussi d’esthétique.
Dans la culture japonaise, manger doit se faire avec retenue. Lécher ses ustensiles suggère une avidité animale, comme si le repas servi n’était pas suffisant et que vous cherchiez à en récupérer la moindre miette.
Yose-bashi (寄せ箸) : le respect du matériel
Vous voulez rapprocher ce petit bol de soupe un peu trop loin ? Ne le tirez surtout pas vers vous en utilisant vos baguettes comme un grappin.
Les bols japonais sont souvent des objets précieux en céramique ou en laque. Les tirer ainsi risque de rayer la table, d’abîmer le fond du bol ou de renverser du liquide. La méthode correcte demande un peu plus d’effort : posez vos baguettes, prenez le bol à deux mains pour le rapprocher, puis reprenez vos couverts. C’est ce qu’on appelle le respect de l’objet (Mono no aware).
Watashi-bashi (渡し箸) : reposer ses baguettes en travers de l’assiette
En France, c’est un geste courant au restaurant : quand on a terminé notre assiette, on pose nos couverts en travers de l’assiette pour être débarrassé. Au Japon, poser ses baguettes en travers de son bol ou son assiette, à la même signification : « J’ai fini, je ne veux plus manger, vous pouvez débarrasser ».
Mais si vous le faites au milieu du repas juste pour faire une pause, c’est une insulte au chef, car vous dites implicitement que vous ne toucherez plus à son plat.
Notre solution ? C’est ici qu’intervient le Hashioki, le repose baguettes. Ce petit objet indispensable permet de reposer vos pointes sans toucher la table (hygiène) et sans envoyer le mauvais signal de fin de repas.
L’astuce qui fait la différence : Si vous êtes au restaurant et qu’il n’y a pas de Hashioki, pliez l’emballage papier de vos baguettes pour en fabriquer un improvisé. C’est un geste très apprécié qui montre votre culture de l’étiquette locale.
Les subtilités pour briller en société avec des baguettes
Namida-bashi (涙箸) : attention aux tâches de sauce
Namida-bashi a pour traduction « les baguettes qui pleurent ». Si l’image est poétique, le geste l’est beaucoup moins. Il s’agit de laisser couler du liquide, comme la sauce soja ou du bouillon de ses baguettes ou des aliments pendant le trajet vers la bouche.
Pour éviter de tacher la table ou vos vêtements, prenez l’habitude d’égoutter légèrement les aliments ou d’utiliser votre petite assiette comme réceptacle de sécurité sous le morceau transporté.
Notez qu’on retrouve cette tendance chez nous d’ailleurs : ce n’est pas très élégant de se salir en laissant couler de la sauce ou de la soupe sur nos vêtements
Saguri-bashi (探り箸) : l’exploration des plats avec ses baguettes
Il est très mal vu de fouiller au fond d’un plat ou d’un bol de soupe miso pour chercher les meilleurs morceaux de tofu ou de légumes. Cela fait de vous quelqu’un d’égoïste.
Au Japon, comme ailleurs, on mange ce qui vient, par le dessus, en acceptant le plat tel qu’il se présente.
Sakasa-bashi (逆さ箸) : idée reçue, mais fausse bonne idée
Si vous devez vous servir dans un plat commun et qu’il n’y a pas de baguettes de service, les Toribashi, on entend souvent qu’on peut retourner ses propres baguettes pour utiliser le « gros bout » pour faire le service. C’est une erreur.
D’une part, c’est la partie que vos mains ont touchée, elle est donc potentiellement sale, et d’autre part, cela peut abîmer votre paire de baguettes, surtout si elle est laquée aux extrémités.
La seule solution élégante est de demander une paire supplémentaire à l’hôte.
Comment choisir ses armes pour paraître civilisé au Japon ?
Maintenant que vous connaissez les règles pour utiliser correctement vos baguettes, il vous faut l’outil. Si on ne fait pas de calligraphie avec un stylo bic, on ne mange pas non plus japonais avec des baguettes jetables qui donnent des échardes.
Voilà nos petits conseils pour vous démarquer, que ce soit en France ou au Japon :
- Pour le quotidien, vous pouvez choisir des baguettes en bois naturel avec une pointe texturée qui a des propriétés antidérapantes, idéales pour attraper les nouilles glissantes ou si vous n’êtes pas très agile avec des baguettes.
- Pour offrir ou pour les grandes occasions : les baguettes laquées de Wakasa, avec leurs incrustations de nacre ou de coquille d’œuf, sont des bijoux de table.
- L’accessoire indispensable : n’oubliez jamais votre Hashioki. C’est le petit détail qui fera mouche auprès des Japonais et des personnes soucieuses de l’étiquette.
Vous avez les règles, vous avez le style. Il ne vous reste plus qu’à dire « Itadakimasu » !
Prêt à passer à la pratique ? Découvrez notre collection de baguettes japonaises et Hashioki made in Japan.
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