Les 36 vues du Mont Fuji : Le chef-d’œuvre absolu d’Hokusai

Les 36 vues du Mont Fuji : Le chef-d’œuvre absolu d’Hokusai

Quand on pense à l’art nippon et aux estampes japonaises, une image surgit immédiatement : une vague immense aux griffes d’écume prête à engloutir des barques fragiles, avec un petit triangle enneigé en arrière-plan. Cette image, c’est la « Grande Vague de Kanagawa ». Mais saviez-vous qu’elle n’est que la première pièce d’une œuvre plus conséquente ? Elle appartient à la série mythique des « Trente-six vues du mont Fuji » (Fugaku Sanjūrokkei), réalisée par le maître Katsushika Hokusai entre 1830 et 1833.

Cette série d’estampes est un véritable reportage graphique à travers le Japon de l’époque Edo, une obsession artistique tournant autour de la montagne sacrée : le Mont Fuji. Avec cet article, plongez dans l’histoire de la série d’estampes la plus célèbre au monde.

L’Ukiyo-e : une prouesse technique et artistique à 4 mains

Une estampe n’est jamais le travail d’un seul homme. Et l’œuvre d’Hokusai ne déroge pas à la règle : une estampe de la série des « 36 vues du Mont Fuji » est le fruit d’une collaboration artisanale d’une précision chirurgicale, typique de l’excellence japonaise :

  1. L’artiste (Eshi, ici Hokusai) dessine le motif à l’encre noire sur papier.
  2. Le graveur (Horishi) colle le dessin sur une planche de cerisier (sakura) et creuse le bois. Il faut graver une planche différente pour chaque couleur ! Pour la « Grande Vague », il a fallu jusqu’à 7 planches distinctes.
  3. L’imprimeur (Surishi) applique l’encre et frotte le papier avec un tampon en bambou (baren). C’est lui qui réalise les dégradés (bokashi) du bleu de Prusse en essuyant savamment la planche. 
  4. L’éditeur (Hanmoto probablement Nishimuraya Yoachi pour cette œuvre) s’occupe de l’édition, de la publication et de la distribution de l’œuvre.

C’est ce travail d’équipe qui fait partie intégrante de l’art de l’Ukiyo-e qui donne ce grain si particulier et ce relief que l’impression numérique moderne peine à reproduire.

Une révolution bleue : le secret du succès de l’œuvre d’Hokusai

Si cette série a foudroyé le public de l’époque (et continue de nous fasciner), ce n’est pas seulement grâce au talent d’Hokusai. C’est aussi grâce à une innovation technologique.

Jusque dans les années 1820, les bleus des estampes japonaises, tirés de l’indigo naturel, étaient fragiles et passaient vite à la lumière. Mais vers 1830, un nouveau pigment synthétique arrive d’Europe via la Hollande : le Bleu de Prusse (appelé Bero-Ai ou « Bleu de Berlin » au Japon).

Hokusai s’empare de cette couleur avec génie. Profond, vibrant, résistant, ce bleu permet des dégradés (bokashi) d’une intensité jamais vue sur le ciel et l’eau. Les « 36 vues » sont avant tout caractérisées par ce bleu saturé qui contraste avec le blanc de la neige du Fuji.

Les 46 vues du Mont Fuji

Non, vous ne rêvez pas, ce n’est pas une erreur dans le titre. La série s’appelle « Trente-six vues du Mont Fuji », mais elle comporte en réalité 46 planches.

Le succès de la première édition (les 36 premières planches, appelées Omote-Fuji ou « Fuji de face ») fut si phénoménal que l’éditeur Nishimuraya Yohachi en commanda dix supplémentaires à Hokusai. 

Ces dix dernières (les Ura-Fuji ou « Fuji de dos ») se distinguent par un trait noir pour les contours (au lieu du bleu foncé des premières) et des compositions souvent plus anecdotiques. Mais pour le collectionneur, l’ensemble forme un tout indissociable.

 Le Fuji Rouge d’Hokusai — Estampe vent frais par matin clair avec le mont Fuji rougeoyant — source de l’image : Wikipédia

Au-delà de la Grande Vague : les chefs-d’œuvre de la série

Si « La Grande Vague de Kanagawa » est la superstar incontestée (nous lui avons d’ailleurs consacré un article complet et détaillé), deux autres estampes de la série sont considérées comme des trésors absolus.

Le Fuji Rouge (Vent frais par matin clair)

C’est peut-être l’œuvre la plus abstraite et la plus moderne d’Hokusai. Ici, pas d’humains, ni de détails superflus, simplement la montagne, majestueuse, qui rosit sous la lumière du soleil levant, sur un fond de ciel bleu strié de nuages. 

Pour les japonais, cette œuvre a une signification plus profonde. En effet, si nous avons tous en tête ces superbes photos de Fujisan, montagne devenue une des emblèmes forte du pays du Soleil Levant, il faut savoir que sa situation géographique et son altitude le rendent souvent invisible, caché par les nuages. Pouvoir observer pleinement le mont Fuji est considéré comme un coup de chance, le voir dans de telles conditions aux premières lueurs de l'aube l'est d'autant plus.
Et c'est ainsi que les représentations d'un Fujisan rougissant ("akafuji" en japonais) sont devenues pour beaucoup de Japonais un symbole bénéfique, une forme de porte-bonheur.

Au-delà de cette symbolique généralement inconnue des européens, la composition d'Hokusai est belle, impactante et d’une pureté géométrique qui a fasciné les peintres impressionnistes occidentaux.

L’Orage sous le sommet

C’est une des œuvres les plus saisissantes par son contraste

En haut, le sommet du volcan émerge, paisible et immuable, dans un ciel serein. En bas, c’est le chaos : un éclair rouge zèbre l’obscurité d’un orage violent. Hokusai nous montre ici la double nature du Japon, qui oscille entre la beauté et la spiritualité et qui est en même temps soumise à des conditions climatiques extrêmes.

L’orage sous le sommet — une des scènes les plus emblématiques des “36 vues du Mont Fuji” — source de l’image : Wikipédia

La vie quotidienne sous le regard du volcan

Ce qui rend les « 36 vues » si touchantes, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de paysages. Hokusai, qui avait plus de 70 ans à l’époque, s’intéressait aux gens et à la vie populaire des habitants de l’époque.

Le Mont Fuji est parfois le sujet principal, mais souvent, il n’est qu’un détail minuscule à l’horizon. Au premier plan, la vie foisonne :

  • Des tonneliers en plein effort dans l’estampe Fuji vus de la province d’Owari.
  • Des voyageurs qui perdent leur chapeau à cause du vent à Ejiri.
  • Des charpentiers sciant une poutre immense.

Le volcan est là, comme une présence bienveillante et éternelle qui veille sur l’agitation éphémère des hommes. Il est en même temps personnage principal de l’œuvre, et entité reléguée souvent au dernier plan.

 Le Fuji vu à travers le pont de Mannen à Fukagawa — le Mont Fuji est minuscule comparé au pont, mais toujours présent en arrière plan — source image : Wikipédia

Comment Hokusai a bouleversé l’art occidental : le début du Japonisme

On l’oublie habituellement, mais si nous connaissons ces estampes aujourd’hui, c’est parce qu’elles ont provoqué un séisme artistique en Europe à la fin du XIXe siècle qui a sonné le début d’un mouvement artistique appelé le Japonisme. 

Lorsque les « 36 vues » arrivent en France (parfois utilisées comme papier d’emballage pour des porcelaines !), c’est le choc. Les peintres impressionnistes découvrent une nouvelle façon de voir le monde : des cadrages décentrés, des couleurs en aplat sans ombres, et cette façon de figer l’instant. Ces estampes ont eu un impact direct sur les artistes, même les plus connus : 

  • Claude Monet possédait une collection de 231 estampes (dont plusieurs de cette série) qu’il accrochait dans sa maison de Giverny.
  • Vincent Van Gogh s’est inspiré des traits dynamiques d’Hokusai pour ses propres paysages.
  • Claude Debussy a même choisi La Grande Vague pour illustrer la couverture de sa partition La Mer

Hokusai dans votre décoration aujourd’hui

L’esthétique graphique de l’Ukiyo-e, avec ses lignes claires et ses aplats de couleurs, n’a pas pris une ride. Elle s’intègre parfaitement dans nos intérieurs contemporains, qu’ils soient de style scandinave (style japandi), industriel ou wabi-sabi.

Estampe japonaise Hokusai — Vue panoramique du Mont Fuji avec des voyageurs au premier plan — La Tama dans la province de Musashi — source image : wikipédia

Pas besoin de posséder une édition originale à plusieurs milliers d’euros pour en profiter. Les œuvres du maître Hokusai se déclinent aujourd’hui sur de multiples supports comme les affiches, les noren ou sur les accessoires comme les furoshiki ou les T-shirts.

Chez Konjaku, nous sélectionnons des reproductions et des objets d’art inspirés par cette série mythique, pour que vous puissiez, vous aussi, avoir votre propre « vue sur le Mont Fuji » chez vous.

Fabien Osmont
Fabien est le fondateur de Konjaku. Passionné du Japon depuis l'enfance, il a pratiqué de nombreux arts martiaux. Il est également président de la Fédération Française de Shogi et titulaire de deux diplômes de sommelier saké.
Il profite de ses nombreux voyages au Japon pour en apprendre plus sur la culture de ce pays, pour ensuite la partager sur le blog de Konjaku, et sur la chaîne YouTube Konjaku_TV.

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