A la découverte de la laque japonaise

La laque est un liquide formé après traitement de la résine d'un arbre qu'on trouve en Asie, le laquier. Toxique à l'état liquide, ce vernis devient extrêmement dur et neutre une fois séché. Un revêtement laqué est donc reconnu pour sa solidité, sa durabilité, mais également son esthétisme du fait de son aspect le plus souvent brillant.

Un objet en laque, appelé "Shikki" (漆器), est fait d'un coeur en général en bois ou en papier qui est recouvert d'un certain nombre de couches de laque. Ce procédé remonte à près de 10'000 ans, les plus anciennes traces ayant été découvertes sur le site de Kakinoshima dans l'ile d'Hokkaido, et dans la préfecture de Fukui.
S'il est une technique artisanale que l'on peut qualifier de japonaise, c'est donc bien celle-ci.

La qualité des objets en laque repose avant tout sur l'attention avec laquelle les couches de laque sont déposées sur l'objet initial, et sur leur nombre. Celui-ci peut varier de quelques unités à plus de 100. Sachant qu'il faut assurer une grande régularité dans l'apposition des couches, dans un environnement sans poussière, et qu'il faut attendre le séchage d'une couche avant d'en déposer une autre, on comprend vite qu'un véritable objet en laque demande un processus de création relativement long. Avec le temps, ceux-ci acquièrent ensuite une patine souvent du plus bel effet.

Si les techniques varient selon les régions, on peut citer quelques étapes immuables dans le processus de fabrication d'une laque de qualité.

La récole de la résine

Afin de récolter la résine du laquier, les artisans pratiquent de petites incisions horizontales sur l'écorce de l'arbre. L'objectif est de ne pas trop extraire de chaque arbre afin de le laisser vivre, et donc d'en tirer à nouveau de la résine chaque année.
On n'extrait pas plus d'1 gramme de sève à la fois par entaille. En une journée, un bon artisan récoltera jusqu'à 2000 grammes. La récolte demande donc à la fois énormément de temps et une surface de plantation importante. Lorsqu'on plante un laquier, il faut attendre une vingtaine d'année avant de pouvoir commencer à récolter.
Pour effectuer ce travail, on dispose d'un petit outil dont la forme peut rappeler celle de la serpe mais en miniature. Les meilleurs sont fabriqués par un spécialiste situé au Nord du Japon, à Aomori. Néanmoins, on peut trouver d'autres fabrications, estimées de moindre qualité, dans d'autres régions.
La période de récolte se situe principalement de juin à octobre. L'urushi (la sève) est alors stocké dans des fûts en bois dédiés à cet usage. La sève récoltée sera ensuite filtrée à l'aide de washi (papier japonais) afin d'en extraire toute impureté. On la stockera ensuite pendant plus d'un an avant de pouvoir l'utiliser.

La préparation du support

Qui dit laque de qualité, dit support de qualité. Si le plastique se trouve être aujourd'hui utilisé pour la production de masse de laques industrielles, les objets artisanaux laqués sont réalisés soit à partir de papier (washi), soit le plus souvent à partir de bois. Plusieurs essences peuvent être utilisées à cet effet. On privilégiera des bois assurant à la fois résistance et légèreté au produit final. Le marronier d'Inde, par exemple, sera adapté à cette production.
Après abattage, le bois sera coupé en tranches puis rabotté grossièrement afin de former une première ébauche. Ensuite, les pièces seront laissées au séchage pendant un minimum d'un mois afin de se garantir l'absence de déformation du bois par la suite.
Ensuite viendra enfin le véritable travail de sculpture qui permettra de donner la forme finale de l'objet. A part pour des pièces particulières, les artisans utilisent des gabarits qui leur garantiront de fournir toujours la même forme pièce après pièce.

Les applications de la laque

L'application de la laque s'effectue en trois étapes: l'enduit de plusieurs couches inférieures, puis intermédiaires, recouvertes enfin d'une unique couche supérieure.
Les couches inférieures se caractérisent par l'usage d'une laque consolidée par "kitagame" qui préviendront toute déformation du bois et donneront une excellente étanchéité au produit. Selon la région, différentes techniques sont utilisées.
On applique la laque à l'aide d'un pinceau plat dont les poils sont formés de cheveux humains. On applique une couche, qu'on laisse sécher, puis qu'on polit avant d'appliquer la suivante et de recommencer le processus. On répète l'opération plusieurs fois.
La couche finale sera appliquée dans une pièce dédiée, exempte de poussière. Selon les régions, cette couche pourra être agréementée d'éléments de décoration comme de l'or ou de la nacre par exemple.
Il restera à faire sécher le produit final dans une pièce possédant un fort taux d'humidité.
Au total, cette étape aura duré un minimum de 3 mois.

La décoration

Une fois l'objet entièrement laqué, on peut choisir de l'agrémenter de décoration qui seront peintes sur la laque.
Celles-ci varieront selon les régions et les produits utilisés. On pourra mélanger par exemple des pigments, de la poudre d'argent ou d'or à de la laque pour constituer différents motifs. On parle alors de Maki-e ( 蒔絵 ).

Les artisans sont en général spécialisés dans une technique, soit la préparation de l'objet laqué, soit le Maki-e. Il est rare qu'un artisan assure à lui seul toutes les étapes du processus.

 

Plusieurs régions du Japon ont développé leur propre approche de la laque mais partagent toutes une esthétique très particulière. Pour en citer quelques-unes:

  • Hida-Shunkei, de la ville de Takayama (préf. de Gifu): Cette laque se caractérise par l'usage d'un vernis transparent appelé sukeurushi qui permet de mettre en valeur les veines du bois sur lequel la laque a été appliquée méticuleusement afin d'éviter toute trace de surcouche. Cette technique, développée dès le XVIè siècle est unique. Autre point particulier de cette laque, en lieu et place des habituels noirs et rouge vermillons habituels, celle-ci se reconnaît à sa couleur ambre lui donnant une légèreté incomparable. Plus récemment, d'autres couleurs ont été employées.
  • Aizu-nori, de la région d’Aizu Wakamatsu (préf. de Fukushima): L'Aizu-nori, réalisée depuis plus de 400 ans, est réputée pour ses décorations à la feuille ou la poudre d’or. Les dessins sont d'abord créés avec de la laque puis colorés de poudres de pigments ou d’or. Différentes techniques sont utilisée pour créer une seule pièce, dont le résultat est souvent d'un très haut niveau esthétique.
  • Kyo-shikki, de Kyoto:Peut-être la plus connue des laques japonaise, celle-ci se caractérise par une grande simplicité dans la décoration. D'aucun disentqu'elle est la seule qui illustre le concept japonais du ‘wabi-sabi’, rencontre entre esthétique et spiritualité.
  • Wajima-nuri, de Wajima (préf. d’Ishikawa): S'appuyant sur une base très épaisse, la laque wajima-nuri se caractérise par un nombre important de couches déposées. On compte un total de 124 étapes pour réaliser un objet.La pièce obtenue est de ce fait très solide et possède en général une texture épaisse. La longévité de ces articles est reconnue.
  • Tsugaru-nuri, de la préfecture d'Aomori (nord): 4 techniques différentes ont été développées par les artisans de cette région. Pour chacune d’elles il n’y a pas moins de 48 étapes nécessaires pour finaliser le processus. Les motifs ne sont pas peints en surface mais issus d’un procédé de recouvrement, de polissage et de grattage de la laque qui donne aux objet une profondeur unique.
  • Hidehira-nuri, d’Hiraizumi (préf. d’Iwate): Technique développée dès le VIIIème siècle, la laque d'Hiraizumi requiert l'intervention de 3 artisans,l'un pour la création de la forme de départ en bois, le second s'occupant de l'application de la laque, et enfin le troisième rajoutant les décors à la feuille d'or.
Photos publiées avec l'aimable autorisation de leurs auteurs: Anne Bretez & Fabien Osmont. Tous droits réservés.


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