Cérémonie du thé chanoyu : les 4 principes fondamentaux à connaître pour ne pas commettre d’impair
Pour beaucoup d’Occidentaux, la cérémonie du thé, appelée Chanoyu ou Sadō, est intimidante. On a souvent l’image d’une performance théâtrale, longue et rigide où le moindre faux mouvement serait sanctionné par un silence gêné. On a peur de mal faire, de casser les codes, voire de casser un bol tout court. Rassurez-vous : cette discipline n’est pas faite pour juger, mais pour apaiser. Nul besoin d’être un grand maître pour en saisir l’essence et apprécier un bon matcha japonais dans les règles de l’art. Tout repose sur quatre principes simples édictés au XVIe siècle par le maître Sen no Rikyū : Wa, Kei, Sei, Jaku (Harmonie, Respect, Pureté, Tranquillité).
Chez Konjaku, nous croyons que connaître ces quatre piliers est la meilleure façon de briser la glace et de comprendre enfin l’âme des objets que nous vous proposons. Voici les clés pour ne plus jamais craindre de commettre un impair lors de la cérémonie du thé.
Sen no Rikyū et la révolution du Wabi-Sabi
Avant de plonger dans l’étiquette, il est essentiel de comprendre l’état d’esprit qui règne dans un pavillon de thé. Au Japon, le thé était autrefois un divertissement de luxe pour l’aristocratie, qui utilisait des bols chinois parfaits, symétriques et coûteux pour étaler sa richesse.
Au XVIe siècle, le maître de thé Sen no Rikyū a tout changé. Il a épuré le rituel pour revenir à l’essentiel et a introduit l’esthétique du Wabi-Sabi : la beauté de l’imperfection, de l’humilité et du naturel.
C’est d’ailleurs en suivant ces principes que chez Konjaku, nous sélectionnons des services à thé et des bols chawan qui sont parfois irréguliers, rugueux au toucher, ou dont l’émail a « coulé ». Ce ne sont pas des défauts de fabrication, bien au contraire : c’est la preuve que l’objet a une âme, qu’il est unique et qu’il invite à la contemplation et au respect du travail fait main.
Pour mieux comprendre la cérémonie du thé et ses codes, vous pouvez visionner la vidéo de la chaîne Curiousitea, tournée pendant l’une de nos cérémonies du thé traditionnelles organisées à la boutique.
Wa-kei-sei-jaku : les 4 grands principes de la cérémonie du thé au Japon
Wa (和) : l’harmonie avec les saisons et les hôtes
Le premier principe de la cérémonie du thé, Wa, désigne l’harmonie. Mais il ne s’agit pas seulement de bien s’entendre avec son voisin de tatami. Dans la Voie du Thé, l’harmonie est une connexion profonde avec la nature et le temps qui passe. Le thé représente ici un lien fort avec le monde et la nature.
Concrètement, cela signifie que chaque ustensile, chaque pâtisserie et éventuellement les fleurs disposées dans la tokonoma, l’alcôve des pièces traditionnelles, sont choisis en fonction de la saison.
L’impair majeur serait ici, par exemple, de ne pas respecter cette saisonnalité par votre tenue ou en ne prenant pas le temps de savourer le choix et le raffinement des éléments cités plus haut.
Pour votre pratique à la maison, si c’est vous qui préparez le thé, essayez de choisir votre bol ou votre cuillère à thé, appelée Chashaku, en fonction de la saison ou de l’ambiance du jour. C’est le premier pas vers le Wa.
Kei (敬) : le respect de l’humain et de l’objet
Le principe de Kei nous rappelle que dans la chambre de thé, tout est égal.
Historiquement, même le samouraï devait laisser son katana à l’extérieur et se courber pour entrer par la petite porte. Ce respect s’applique aux invités, bien sûr, mais aussi et surtout aux objets.
Chaque ustensile a été choisi avec un soin extrême par l’hôte et mérite une attention totale. Prendre le temps de les contempler (on en parlait dans le respect du Wa) est donc important et fait partie intégrante de la cérémonie.
Mais ce n’est pas tout.
Par exemple, il est très mal vu de porter des bagues, une montre ou des bijoux imposants lors d’une cérémonie. Le risque que le métal raye la céramique précieuse ou le revêtement d’une boîte à thé est trop grand.
De même, lorsque vous tenez le bol pour l’admirer lors du rituel du Haiken (contemplation respectueuse), la règle est de le garder bas, proche du tatami. C’est une marque de respect.
Sei (清) : la pureté physique et spirituelle
Le troisième pilier, Sei, évoque la pureté. Il s’agit bien sûr de la propreté physique, mais elle est le reflet d’une pureté intérieure.
En entrant dans le jardin de thé, on se lave les mains et la bouche pour laisser la « poussière du monde » comme nos soucis, notre ego, et notre stress, à la porte, comme lorsqu’on entre dans un sanctuaire shinto.
Ce principe explique aussi les gestes fascinants de l’hôte lorsqu’il prépare le thé : vous le verrez souvent essuyer méticuleusement la boîte à thé ou la cuillère en bambou avec un carré de soie (Fukusa) juste devant vous.
Et bien qu’initialement tous les ustensiles soient propres, ce nettoyage est nécessaire. C’est un acte rituel pour purifier symboliquement l’objet et l’espace qui sépare l’hôte de l’invité.
Pour recréer cette atmosphère chez vous, nous vous conseillons de faire brûler un bâton d’encens japonais de qualité quelques minutes avant de servir le thé. La fumée délimite l’espace sacré et prépare l’esprit à ce moment de pureté.
Vous pouvez aussi décharger votre environnement, bien nettoyer votre service à thé et repasser une serviette propre et chaude dessus avant de servir votre invité.
Jaku (寂) : la tranquillité absolue
Le principe du Jaku n’est pas une règle à appliquer, mais le résultat des trois premiers principes. Si l’harmonie, le respect et la pureté sont respectés, alors la paix intérieure (Jaku) apparaît naturellement.
Pour ne pas briser cette tranquillité, il convient d’éviter les conversations fortes, les sujets polémiques ou futiles.
Le silence est un ingrédient de la cérémonie à part entière. Il permet d’écouter ce que les Japonais appellent poétiquement « le vent dans les pins », le Matsukaze, qui est en réalité le doux frémissement de l’eau qui chauffe dans la bouilloire en fonte.
Les règles d’or pour l’invité : comment boire son bol sans faux pas
Si vous avez la chance d’être invité à une cérémonie du thé, ou si vous souhaitez simplement faire les choses dans les règles de l’art chez vous, voici les gestes techniques qui montrent que vous avez compris l’esprit du thé.
Pourquoi tourne-t-on le bol avant de boire ?
C’est sans doute le geste le plus connu et le plus mal compris. L’hôte vous servira toujours le bol avec la « face avant », c’est-à-dire le côté le plus beau, le motif principal ou la signature de l’artisan, tournée vers vous. C’est une marque de respect et d’humilité de sa part : il vous offre la plus belle vue.
Cependant, par humilité en retour, vous ne devez pas boire de ce côté de la tasse. Ce serait perçu comme un manque de modestie.
Le geste juste consiste à prendre le bol et le tourner dans le sens des aiguilles d’une montre pour qu’il fasse à nouveau face à votre hôte. Cela déplace le motif principal, vous permettant de boire sur une partie plus neutre du bol. Une fois le thé terminé, vous tournerez le bol en sens inverse pour remettre la face avant en place avant de le passer éventuellement à quelqu’un d’autre.
Une fois la dégustation réalisée, n’oubliez pas de complimenter le maître de cérémonie.
Les frontières invisibles du Tatami
Si la dégustation a lieu dans une chashitsu, une pièce traditionnelle japonaise recouverte de tatamis, faites attention où vous posez les pieds.
Il existe une règle stricte : ne marchez jamais sur les bordures en tissu (le heri) des tatamis.
Historiquement, ces bordures portaient les emblèmes des clans familiaux. Marcher dessus était considéré comme une insulte directe aux ancêtres de l’hôte.
Aujourd’hui, même sans blason, la règle de courtoisie demeure.
La tenue : le détail des chaussettes blanches
La sobriété vestimentaire est de mise, mais il y a un détail qui ne trompe pas sur votre connaissance de l’étiquette : portez des chaussettes blanches et propres (ou mieux des chaussettes tabi traditionnelles).
On ne marche jamais pieds nus sur les tatamis d’une chambre de thé, par mesure d’hygiène, mais surtout de pureté. C’est un signe de respect pour le lieu qui vous accueille. Saluer en se courbant avant d’entrer sur le tatami est aussi un signe de politesse.
Comment vivre le Chanoyu chez soi ?
Le thé n’est pas une performance théâtrale inaccessible. Il correspond beaucoup plus à une expérience, un moment de connexion, résumée par l’expression « Ichi-go Ichi-e » (une fois, une rencontre) : concevez que ce moment précis, avec cette lumière, cette température et cette compagnie, ne se reproduira jamais à l’identique.
Et l’avantage, c’est que vous n’avez pas besoin d’un pavillon de thé dans votre jardin pour vivre cela. Un coin de table dégagé et quelques objets choisis avec soin suffisent.
Pour débuter, concentrez-vous sur le choix de votre bol chawan. Prenez le temps de le choisir au coup de cœur, de sentir son poids, la texture de la terre cuite. Il doit vous donner envie de l’utiliser.
Munissez-vous ensuite d’un chasen, le fouet en bambou indispensable pour obtenir cette fameuse mousse de jade, et d’un Matcha de qualité.
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