• L'art de la calligraphie japonaise

    L'art de la calligraphie japonaise


    Les bases de la voie de l'encre, le shôdo...


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    Les bases de la voie de l'encre, le shôdo...


L'essence du trait

Les japonais ont cette capacité à voir dans la moindre pratique d'apparence banale une opportunité de se réaliser, et d'en faire une voie de développement personnel. Si elle faisait déjà partie des gênes de la culture japonaise, cette approche s'est fortement développée en particulier sous l'influence du bouddhisme zen, lequel recherche justement le détachement des fioritures pour ne s'attacher qu'à l'essentiel.
C'est ainsi qu'existent aujourd'hui de nombreuses voies d'origine japonaise telles que l'ikebana, l'art de la présentation florale, le sado ou chado, la voie de faire une exquise tasse de thé, ou encore le shôdo, l'art de la calligraphie.

Le principe de cette "voie de l'écriture" consiste à réaliser des calligraphies des idéogrammes chinois qu'on retrouve dans l'écriture japonaise sous le terme de kanji. Loin de former un simple alphabet, les kanji sont en réalité des concepts qui servent de base à l'écriture chinoise et japonaise. Ainsi, derrière un seul caractère se cachent des notions parfois complexes et profondes qu'une belle calligraphie essaiera d'exprimer. Chaque ligne a sa raison d'être, chaque mouvement du pinceau est justifié pour atteindre un résultat à la fois esthétique et évocateur.
Tout l'art du pratiquant réside dans cette transcription plus ou moins réussie, permettant ensuite à celui-ci ou au spectateur d'y trouver un support à la méditation.

Le fait d'associer ainsi un sens profond à la "simple" écriture d'un caractère rend l'usage de la calligraphie très "porteur de sens" pour les japonais. Il n'est donc pas étonnant que celle -ci soit utilisée traditionnellement pour un certain nombre d'actions symboliques. Dans les temples, les talismans de bonheur qui y sont vendus sont fréquemment recouverts d'une calligraphie; Dans les maisons traditionnelles, un espace, le tokonoma, était réservé à mettre en valeur un kakejiku représentant souvent une "simple" calligraphie; De même, les enveloppes servant à donner de l'argent lors de différentes fêtes traditionnelles sont souvent décores également d'une calligraphie ayant pour but de transmettre un souhait positif (bonheur, santé...) au destinataire.

Pour pratiquer la calligraphie dans de bonnes conditions, il faut du bon matériel.
Les outils traditionnels du pratiquant de shôdo sont tous liés à la nature: le pinceau au corps de bambou et -surtout- aux poils de différents animaux, l'encre de Chine au noir profond issu du charbon de bois, le papier washi dont la blancheur mettra en avant l'idéogramme qui y sera peint. Le suzuri qui permet de préparer son encre et le bunchin qui sert à maintenir le papier en place viennent compléter la panoplie.

A travers cet article, Konjaku vous propose d'en apprendre un peu plus sur la fabrication de ces différents éléments. Et pour illustrer nos propos, l'idéal était encore de nous rendre à Nara, source incontestée des meilleurs outils pour le shôdo, et d'y visiter deux grandes maisons de la région, nos partenaires Kuretake et Akashiya.


le pinceau, prolongement de la main

En japonais, le pinceau se dit fude. Traditionnellement, on le fabriquait avec un manche en bambou et des poils d'animaux.
Aujourd'hui, il n'est pas rare que la hampe soit en fait en plastique. Cela n'a aucun effet sur la qualité du pinceau, seulement sur son esthétique. On peut trouver des pinceaux de très grande qualité avec un manche en plastique.

C'est bien entendu surtout la constitution de la touffe qui aura son importance. Si des poils d'une grande variété d'animaux ont été utilisés pour former celle-ci, au Japon, on utilise principalement des poils de chèvre, de cheval, de tanuki (chien viverrin), et de martre. Avec l'apparition des matières synthétiques, des poils en nylon sont parfois également utilisés et conviennent parfaitement pour les débutants, même si un pratiquant confirmé comprendra l'intérêt d'utiliser des poils d'origine animale.
La touffe est souvent réalisée avec les poils d'un seul animal mais lorsqu'on se penche sur des pinceaux de qualité supérieure, celle-ci peut en contenir jusqu'à une dizaine de sortes de poils différentes. Cette variété a pour but de donner aux pinceaux réalisés différentes flexibilités ou duretés, qui joueront sur la régularité et l'épaisseur du trait.
On peut même trouver des pinceaux fabriqués avec les cheveux de bébé : les pinceaux obtenus sont fins et particulièrement souples. Ils sont assez recherchés par les calligraphes.


Pour reconnaître la qualité de votre pinceau, quelques éléments clés sont observés. Avant toute chose, on s'intéresse à la forme: l'extrémité du pinceau, le sen, doit être pointue. C'est elle qui garantira la netteté du trait. Sur certains pinceaux japonais, il ne faut pas s'étonner de trouver 2 ou 3 poils plus longs au centre: c'est le inochi-ge, les "poils de vie" du pinceau.
Les poils, s'ils sont aplatis, doivent présenter un bel alignement. C'est ce que qu'on appelle le sei. Si l'analyse de la pointe peut se faire au moment de l'achat, l'observation du sei, ne peut se faire qu'ultérieurement: lorsqu'il est neuf, le pinceau possède en général une touffe assez rigide en raison de la colle résiduelle qu'il faudra retirer au premier rinçage.
Ensuite, on regarde le comportement du pinceau au contact du liquide. En premier lieu, le pinceau doit pouvoir être tourné dans le liquide avec facilité. Cela garantit une bonne hoogénéité de chacune des parties de la touffe. C'est le en.
Enfin, à l'usage, les poils doivent présenter un bel équilibre afin de réagir parfaitement lors des mouvements de la main. C'est le ken.

Nous évoquions le premier rincage. Il est très important. En effet, au moment de la réalisation du pinceau, surtout s'il est de qualité, la touffe a été plongée dans une colle végétale qui, même essorée conservera une certaine dureté au séchage. C'est pourquoi il est très important avant de commencer à utiliser un pinceau neuf, de bien le laver à l'eau claire.

Par la suite, il sera essentiel d'entretenir son pinceau avec soin, en n'omettant jamais de le rincer délicatement à l'eau claire après chaque usage, et d'essuyer ensuite les poils en douceur. On laissera enfin le pinceau sécher en le suspendant à la verticale, pas à plat au risque de déformer la touffe.


l'encre, révélateur du geste

L'encre utilisé en calligraphie est en principe de "l'encre de Chine" qui est le plus souvent proposé sous forme de bâtons rectangulaire à frotter sur une pierre pour en mélanger la poudre avec de l'eau. Le terme d'"encre de Chine" provient de l'origine de la fabrication de cette encre particulière, réalisée à base de suie générée par la crémation de bois et mélangée avec une glue pour l'agglutiner. Le Japon en est aujourd'hui un producteur réputé.
En japonais, cette encre se nomme sumi. Dans ce pays, on utilise pour sa fabrication la suie issue du pin, et une colle d'origine animale. Il arrive qu'on remplace la suie du pin (shôen-boku) par une huile végétable (yuen-boku). On considère que les fabrications japonaises sont plus dures et moins condensées que la plupart des fabrications chinoises, leur permettant de mieux résister à l'étirement, et donc d'offrir une plus grande précision des tracés.

Il est assez difficile d'obtenir un résultat convenable à partir d'une fabrication industrialisée des batons d'encre. C'est pourquoi encore aujourd'hui on trouve quelques entreprises qui continuent à réaliser ces bâtons d'encre à la main. Entre autres, la maison Kuretake poursuit cette tradition en appliquant une méthode de fabrication qui fut définie il y a près de 400 ans, et qui demeure inchangée à ce jour.

Le sumi est en général fabriqué durant la saison froide, de fin Octobre à début Mai, l'atmosphère offrant des conditions optimales à la fabrication des batonnets.
La première étape consiste à obtenir de la suie par combustion du pin et à la mélanger à une colle animale dans une certaine proportion pour obtenir une "pâte" qu'on va pouvoir travailler par malaxage à la main pour gagner en homogénéité et en densité. Selon la qualité du bois, on joue sur la qualité et les reflets de l'encre tandis que celle de la gélatine jouera sur la viscosité de l'encre au moment de son application. la proportion entre ces deux éléments a évidemment également un effet sur la qualité de l'encre. Les artisans sont assez discrets sur celle-ci.
La pâte ainsi obtenue est ensuite placée dans un moule en bois et pressée à la vis. Il existe différentes tailles de moules mais le modèle "standard" mesure environ 12 x 4 x 2 cm, nommé "icchô-gata". Si on considère ce modèle standard, un artisan peut réaliser jusqu'à 880 pièces par jour. Pour les pièces de qualité, il est assez fréquent qu'on sculpte certaines surfaces des moules pour produire des décors de toute beauté sur les bâtons.


Reste ensuite à procéder au séchage. Celui-ci est traditionnellement réalisé en utilisant de la cendre de bois en vue d'absorber l'humidité du sumi. On commence par utiliser des cendres humides, puis on les remplace graduellement par des cendres de plus en plus sèches pendant une période allant de 7 jours pour des batons de taille standard à parfois 21 jours pour les plus grandes tailles.
Une fois séché, l'encre est suspendue pendant une période de 1 à 2 mois avant de pouvoir être commercialisée. Cette suspension est réalisée en les attachant avec de la paille de riz. D'expérience, c'est la seule matière qui n'altère pas les sumi si durement réalisés.

Depuis l'ère Meiji (fin XIXème siècle), on peut trouver de l'encre sous forme liquide. Certains puristes la dénigrent considérant qu'elle est de moindre qualité. Dans les faits, il semble qu'on puisse trouver de très bonnes encres sous forme liquide. Néanmoins, pour le véritable pratiquant du shôdo, la préparation de l'encre fait partie du rituel, offrant moment de transition, permettant de se concentrer avant de commencer à faire courir son pinceau...

l'importance du papier

Si la calligraphie chinoise a historiquement privilégié un papier issu des feuilles du riz, la calligraphie japonaise s'est très rapidement tournée vers un autre type de papier dont les vertus ont depuis été largement reconnues (au point de le classer au patrimoine de l'humanité par l'Unesco!), le washi, tiré de l'écorce du mûrier.

La particularité du washi et de posséder un maillage plus important dans sa structure, lui conférant à la fois une solidité étonnante mais également un "effet buvard" moins important, propriété qui s'avère très intéressante pour la calligraphie.

Lorsque le washi est utilisé pour la calligraphie, on lui donne le nom de hanshi. Il est en général nettement plus fin que le papier courant, avec un cote absorbant, l'autre étant légèrement satiné.

Pour en savoir plus sur le washi, nous vous invitons à jeter un coup d'oeil sur la vidéo que Konjaku a réalisé il y a quelques temps sur ce sujet.

Soyons clair, si vous débutez dans votre pratique, un papier blanc classique sera parfait pour vous entraîner. Mais lorsque votre trait gagnera en assurance et que vous voudrez réaliser de véritables calligraphies, il sera temps d'envisager d'utiliser un véritable hanshi comme support à votre trait. 
On peut trouver des feuilles de washi fabriquées industriellement. Il s'agit en général d'un bon compris pour un usage régulier à tarif raisonnable. Les pratiquants confirmés s'orienteront sur des feuilles fabriquées à la main qui présenteront souvent un aspect un peu moins régulier, un peu rustique.

des accessoires fort utiles

On dit en général que l'art de la calligraphie repose sur quatre "trésors", le pinceau, l'encre, le papier... et la pierre à encre, le suzuri.
Il s'agit en fait d'une pierre naturelle creusée qui servira de récipient au mélange de la poudre d'encre et de l'eau. Sa forme est variable mais comprend en principe une zone relativement plate, nommée "colline", sur laquelle on pourra facilement gratter notre sumi, et une partie creuse, "la mer", destinée à opérer le mélange avec l'eau puis à servir de réservoir durant le travail.

Si nous avons régulièrement mentionné l'intérêt des outils de calligraphie fabriqués au Japon, il semblerait que les pierres à encre fabriquées à base de roches éruptives chinoises soient considérées comme les meilleures, mais très rares en raison de l'épuisement des ressources, et donc particulièrement onéreuses.
Au Japon, on utilise principalement des roches issues de glaise qui s'est solidifiée avec le temps. La plus populaire est la genshô-seki.

Pour réaliser un suzuri, l'artisan procédera à la taille puis au polissage de la pierre. Certains suzuri pourront ainsi prendre des formes originales, devenant parfois de véritables oeuvres d'art. Le suzuri étant le seul élément vraiment permanent de l'équipement du calligraphe, on peut comprendre cette approche.
Les propriétés recherchées par le calligraphe dans son suzuri sont princiaplement son grain et sa texture qui faciliteront plus ou moins un frottement efficace du bâton d'encre dessus pour en extraire la poudre.

On trouve de plus en plus de suzuri réalisés en plastique. A l'origine, ceux-ci étaient essentiellement destinés à recevoir une encre liquide industrielle. Aujourd'hui, les suzuri en plastique sont le plus souvent adaptés également à être utilisés avec un bâton de sumi. Certains sont même réversibles, un coté adapté à l'usage avec un bâtonnet d'encre, et l'autre pour l'encre liquide.

En complément de ces "4 trésors", on utilise également un bunchin. Il s'agit d'une pièce de métal servant de poids pour maintenir le papier durant le tracé. La plupart du temps, le bunchin est une simple barre, un peu à la manière d'une réglette, mais on peut en trouver relativement ouvragés, voire parfois de forme originale.

Vient enfin le moment de signer son oeuvre. Au Japon, on n'a pas l'habitude d'utiliser une "signature" au sens occidental du terme, mais plutôt d'apposer un sceau, le hanko, qui joue ce rôle sur tous les actes civils au Japon. La plupart du temps, le hanko se présente sous la forme d'un petit tampon de base carrée, éventuellement ronde, qu'on enduit d'encre rouge avant de placer sa marque.

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