• Les secrets de fabrication du papier japonais

    Les secrets de fabrication du papier japonais


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    Les secrets de fabrication du papier japonais
Grâce à sa méthode de fabrication qui a su rester inchangée depuis plus de 700 ans, le papier washi est aujourd'hui un des matériaux les plus emblématiques du Japon.
Appelé à tort "papier de riz" (on vous explique pourquoi un peu plus bas), ce papier japonais est connu dans le domaine des arts japonais pour sa qualité, sa résistance, sa durabilité et sa souplesse. Mais saviez-vous qu'on s'en sert aussi dans la fabrication d'objets du quotidien comme les lampes japonaises, les cloisons mobiles, ou même dans la fabrication des boîtes à thé ?
Konjaku est allé enquêter à Mino au Japon, bassin du washi, pour vous livrer tous les secrets ancestraux de fabrication du papier japonais.




L'histoire du papier washi

Les origines chinoises du papier japonais

Les premières évocations du papier washi au Japon datent de l'an 720 dans le Nihon Shoki. Cet écrit chinois constitue une des seules sources officielles décrivant les origines du Japon après le Kojiki (recueil de mythes traitant de l'origine du Japon). Selon ces "Chroniques du Japon", le papier de soie et l'encre auraient été importés de Chine en 610, par un maître bouddhiste coréen, Doncho.

Rapidement, les méthodes de fabrication du papier chinois ont évoluées. La fibre utilisée traditionnellement a été abandonnée au profit de celle issue du kozo, pour rendre les feuilles plus résistantes. Puis l'introduction du neri, liant visqueux qui permet une répartition homogène des fibres et d'une séquence de gestes précis et minutieux lors de la fabrication des feuilles, donna naissance à la méthode Nagashi Zuki. Cette technique, encore utilisée aujourd'hui, a très peu évolué depuis les années 1300.
 

Mino, bassin du papier washi au pied des Alpes japonaises

La fabrication du papier est l’activité principale de la ville de Mino dans la préfecture de Gifu. Elle se situe à l'ouest de Tokyo, au pied des Alpes japonaises.

Si vous allez au Japon, vous pouvez visiter le musée du papier washi de Mino et y retrouver toutes les étapes de fabrication. Pour les plus chanceux, vous pourrez même fabriquer vos propres feuilles de papier washi made in Japan !
Outre la ville de Mino, il existe deux autres bassins de papier washi :
  • la ville de Hamada, qui se situe dans la préfecture de Shimane, au nord d'Hiroshima
  • Ogawa, qui se situe dans la préfecture de Saitama au nord-ouest de Tokyo
Depuis 2014, les papiers washi et les techniques de fabrication issues de Mino, Hamada et Ogawa sont classés au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Washi japonais : les techniques de fabrication ancestrales

Les matériaux

Le papier washi (和紙 ) est aussi appelé papier japonais, papier japon ou wagami. On entend souvent parler en occident du papier de riz, mais c'est une erreur ! Le papier washi ne contient pas de riz : il provient de l'écorce d'un arbre de la famille des mûriers.
3 types de mûriers entrent dans la fabrication du papier japonais traditionnel :
  • le kozo : c'est l'essence la plus utilisée (environ 90% du washi actuel);
  • le gampi : c'est la fibre la plus ancienne. Le washi issu de cet arbuste est brillant et souple.
  • le mitsumata : c'est la fibre la plus noble et la plus rare. La texture du washi mitsumata est très soyeuse.
Bien que la plupart des washi traditionnels soient 100% kozo, il arrive que les fibres soient mélangées entre elles ou avec d'autres matériaux comme le chanvre.

Les étapes de fabrication

Les étapes de fabrication utilisant la technique nagashi zuki sont minutieuses et précises. Elles reflètent le savoir-faire que se transmettent les artisans japonais depuis plus de sept siècles.

La première étape après la récolte des branches de mûrier est la cuisson de l'écorce pour en extraire les fibres.
Vient ensuite le rinçage individuel des fibres pour les débarrasser de leurs dernières impuretés et obtenir une fibre la plus pure possible.

Ces fibres sont ensuite séparées par battage. Cette étape est délicate, car les fibres ne doivent pas être cassées. Les fibres obtenues seront longues et d'une plus grande souplesse.

L'écorce est ensuite broyée et mélangée à de l'eau et du neri, sorte de gélatine végétale. Elle apporte de la viscosité à l'ensemble.

On passe ensuite à la fabrication manuelle des feuilles de washi par tamisage. Il est réalisé en faisant des mouvements linéaires gauche-droite et haut-bas pour avoir une répartition homogène des fibres dans le tamis. Cette étape minutieuse se fait en respectant un nombre de gestes et un ordre très précis. C'est le secret des artisans japonais.

Viennent enfin les étapes de pressage et de séchage. Traditionnellement séchée au soleil, la fabrication des feuilles de papier washi est aujourd'hui beaucoup plus moderne. Ces deux étapes sont remplacées par une puissante soufflerie qui extrait l'humidité de la feuille. Le séchage se termine ensuite en marouflant le papier sur de grandes plaques chaudes jusqu'à l'évaporation totale de l'eau.

Pour vous illustrer tout ça, nous avons mis la main à la pâte, c’est le cas de le dire, pour vous concocter une petite vidéo, filmée au Japon, reprenant toutes les étapes de fabrication du papier washi.


Papier traditionnel japonais et papier classique : les différences

Comparé au papier classique, le washi possède une qualité unique due aux fibres qui sont plus nombreuses et plus entremêlées. Il est d'ailleurs préférable, pour un papier washi de qualité, de voir cet entremêlement par transparence.

Une autre grande différence est la couleur du papier. Le papier washi est rarement d'un blanc immaculé comme le papier classique. Le washi blanc tire généralement vers l'ivoire ou même le brun clair suivant les techniques de fabrication et les fibres utilisées. Les nuances chaudes du papier Japon le font presque ressembler à du tissu.

Enfin, ce qui caractérise le plus le papier washi du papier standard, c'est sa grande solidité. Il est bien plus difficile de déchirer du papier washi. Cette différence permet de l'utiliser dans de multiples domaines très différents.

L'utilisation du papier washi au Japon

Le papier washi est utilisé dans de nombreux domaines au Japon, aussi bien pour fabriquer des objets de la vie quotidienne que dans des domaines plus exotiques. En voici quelques exemples.

Le support idéal pour les estampes et la calligraphie.

Dans son histoire, le papier washi a d'abord été utilisé dans le but de faire passer une information. Très vite, il est devenu le support de prédilection des femmes de la noblesse pour l'écriture de leurs poèmes. L'utilisation du papier japonais comme support de dessin pour les estampes et les illustrations est un peu plus tardive.

En calligraphie japonaise, le papier Japon a de nombreux avantages :
  • sa couleur permet de faire ressortir l'encre des idéogrammes
  • sa solidité en fait un support de qualité, durable dans le temps
  • sa structure, qui permet de limiter l'effet buvard de l'encre
C'est aussi pour ces raisons que le washi est utilisé pour réaliser les estampes japonaises ukiyo-e. C'est d'ailleurs le support de prédilection des artistes Jed Henry et Dave Bull qui utilisent les techniques traditionnelles de l'estampe pour représenter des références connues de la pop culture. Et vous, saurez-vous les reconnaître ?

Le papier washi, un incontournable de la restauration d'objets d'art

Vous l'aurez compris dans cet article, le papier washi est utilisé dans de nombreux domaines, y compris artistiques. Mais en plus de servir comme support de création, le papier Japon est aussi utilisé dans la restauration de livres anciens et d'œuvres d'art.

En plus de sa transparence, de sa solidité et de sa souplesse, le washi est extrêmement durable et neutre. Il est très souvent utilisé pour remplacer le cuir dans la restauration de reliures et comme support pour la restauration de documents, de peintures et de sculptures.

Les lampes japonaises en papier washi

Translucide, léger et résistant, le papier washi est fréquemment utilisé dans la fabrication des lampes japonaises d'intérieurs et des lanternes.

L'aspect fragile de ces lampes cache en fait une étonnante solidité, ce qui permet une grande liberté dans la mise en forme du papier et une grande durabilité. Cette caractéristique plaît beaucoup aux créateurs et designers.

Les teintes chaudes du papier lorsqu'il est éclairé et ses couleurs écrues cochent toutes les cases de l’intérieur zen traditionnel. Konjaku vous a d'ailleurs concocté une sélection de lampes japonaises pour donner à votre déco une petite touche nippone.

Chiyogami : l'art du papier japonais

Initialement, chiyogami signifie l'art du papier japonais. En occident, on utilise aussi le terme de papier washi chiyogami par opposition au papier washi blanc. Ce papier chiyogami possède des motifs sérigraphiés très colorés. Il est particulièrement apprécié pour sa souplesse et ses couleurs vives, qui en font un support idéal pour l'origami, le kirigami et le pepakura.

On entend aussi parler de papier japonais yuzen ou de papier washi yuzen, qui est un abus de langage. Bien que les motifs des papiers chiyogami et yuzen se ressemblent, le yuzen désigne en vérité la teinture sur tissus.
Autre type de papier, le papier à motifs katazome. Les motifs sont appliqués grâce à des pochoirs en papier washi appelés katagami. Les motifs plus modernes rappellent ceux du milieu du textile.

Le washi tape : l'art de la personnalisation

Qu'est-ce que le washi tape? Le washi tape, c'est ce petit ruban adhésif qui est devenu en quelques années un incontournable du scrapbooking et dans la personnalisation des "bullet journals". Avant de devenir cet objet de personnalisation coloré, le washi tape était un ruban de masquage industriel, dérivé des premiers papiers tue-mouche.

Fabriqué initialement par l'entreprise Kamoi Kakoshi en 2008 sous la dénomination masking tape, ce ruban adhésif à l'avantage d'être souple, résistant et repositionnable.

Le papier japonais pour la fabrication de cloisons

On est sûr que si on vous dit "maison japonaise", vous visualisez tout de suite un toit pentu, des charpentes sombres, un sol recouvert de tatamis et des pièces séparées par des cloisons coulissantes. Sachez que ces cloisons, les shojis, sont composées de papier washi !

À la fois résistant pour supporter les aléas du quotidien, chaud et doux pour apporter une atmosphère zen et suffisamment transparent pour laisser passer la lumière, mais garder l'intimité des pièces, le papier Japon est un élément essentiel d'un intérieur japonais.

Décoration et papier washi

Grâce à sa grande résistance et à sa souplesse, le papier washi est une matière qui se travaille très bien.
On peut le retrouver, plier comme pour la fabrication d'éventails ou de bijoux. On a d'ailleurs chez Konjaku des boucles d'oreilles origami en papier washi, pliées minutieusement pour former un délicat éventail ou les très célèbres grues japonaises.

Le papier japonais peut aussi venir orner des boîtes à thé, des bols en céramique japonaise ou même servir dans la fabrication d'objets décoratifs ou de guirlande. La seule limite du papier washi étant l'imagination de celui qui l'utilise.


Vous l'aurez compris, si le papier Japon a su perdurer à travers les siècles, c'est grâce à ses caractéristiques incroyables et au savoir-faire minutieux des artisans qui le fabriquent. L'utilisation du papier washi peut aussi bien convenir pour fabriquer des objets du quotidien que pour des pièces artistiques uniques.

D'ailleurs, si vous aussi vous avez des idées d'utilisation originale du papier washi, n'hésitez pas à nous les partager en commentaires !

La sélection Konjaku des lampes japonaises en papier washi


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